
Homme singulier, peintre poète, Jean-Christophe Schmitt nous donne à voir une peinture touchante, d'un calme conquis, libérée de tout conformisme, où bonheur et gravité
s'interrogent mutuellement.
Une peinture que l'on peut qualifier d'intimiste, mais dont l'évidente poésie, si elle s'attache à la douce sensualité des êtres et des
choses,
n'en véhicule pas moins comme un dérangement, un désordre primaire, une ligne de perturbation abstraite nécessaire à l'émergence d'une intériorité
maîtrisée :
d'où cette atmosphère de rêve en suspens que ponctuent, le plus souvent, la ou les femmes, silhouettes aimées, ou la caresse d'un fruit
ou l'incertaine présence d'objets familiers.
D'une palette parfois douce, parfois vive, mais toujours harmonieuse, dans une subtile lumière et la nervosité
sous-jacente du trait, fondus et transparence suscitent une oeuvre d'une grande sensibilité.
Xavier Culty 2001
L'oeuvre de Jean-Christophe Schmitt, discrète et profonde, douce et sensiblement violente, j'ai la joie toujours renouvelée d'en prendre une plus exacte mesure
à chaque visite de son atelier.
C'est un atelier sous les combles. On y accède par un petit escalier plutôt raide, en lisière de maison :mais qu'il y fasse
très chaud comme en été ou très froid en hiver, on est vite gagné par l'atmosphère de ce lieu qui tient tout à la fois de l'ermitage, du grenier d'enfance ou d'un
salon ouvert sur le ciel.Là, dans un appareillage de poutres, entre la lumière délicate d'un fenestron au ras du sol et celle plus drue d'un grand "vélux"
dans le toit, voisinent les objets les plus hétéroclites et les instruments du peintre. Là, le trait s'organise et s'élabore une alchimie de couleurs,
entre bleus pastels et rouges veloutés, verts transparents et gris sensibles,qui fait baigner les compositions, figures, nus, natures mortes ou paysages,
dans une lumière diaphane et miroitante d'où surgit au terme du voyage et d'un désordre sublimé, un réel singulier, une libre abstraction.
Guylaine Carrot 2013
Jean-Christophe Schmitt peint comme il écrit : rapidement et en marges de longues contemlations...
rêveries souvent charnelles où, du corps vers l'objet, en humble matiériste, l'artiste transfère comme par extraction,
le sensible, le sensitif et le sensuel, pour empreindre paysages et natures mortes d'une obsessionnelle et vibrante féminité.
Patrick Bedout 2012
Peindre
A J.C.S.
Dos tourné vers le ciel, il monte une à une les marches de l’escalier abrupt qui grimpe au grenier, aux mansardes, peu importe le nom où résonne le silence, là où l’attendent avec patience, pinceaux, couleurs et toiles adossées aux cloisons, dans la pénombre. Le silence est comme un pas que l’on esquisserait vers le rien ou le tout, cela dépend de l’humeur de la journée. Combien de jours, d’années a-t-il vécu ici, sous ses poutres murmurantes, en proie à la peinture qui est une danse sauvage ou une méditation, cela dépend de ce que la main et le cœur recèlent. Un feu s’embrase sous nos yeux, les couleurs sont douces, celles de la Provence, des collines alentours où le ciel n’est jamais loin du pas. Nos fronts l’effleurent, l’affrontent. Nos lèvres balbutient.
Le peintre sillonne le pays en toutes saisons et en tous sens, en connaît chaque arbre et chaque pierre, mais surtout sa lumière capricieuse qui peut brûler les yeux ou réchauffer les doigts engourdis par l’hiver. Une fenêtre aux vitraux blancs irrigue l’atelier de sa lumière ténue; quelques branches aimeraient entrer ici pour contempler ces signes de création. Elles tendent leurs têtes de feuillage, mais demeurent au dehors. Des oiseaux sifflent à l’extérieur, l’oreille attentive les entend. Le regard du peintre cherche dans l’avenir le chemin de nouvelles peintures, guidé par les couleurs de celles qui sont là dans le présent, immobiles : rouge, ocre, jaune, bleu, toutes errantes des jours profonds, des nuits sans sommeil, des étés moissonnant l’espace, rencontrant un visage de femme, une silhouette, des mains, des épaules, des yeux qui posent question à la peinture, témoignant que peindre, esquisser, dessiner, est la plus vive des traces, traversant la lumière des saisons, des époques.
La rumeur du bourg ne monte pas jusqu’ici, dans cette crypte où se dévoile la volonté d’un homme de ne jamais lâcher prise bien qu’il ait vécu toute sa vie dans le noir du retrait, l’invisible, afin qu’un simple feu ne cesse de brûler dans ses mains, au plus profond de lui. Peindre est une décision d’enfance quand le regard s’ouvre, grandit, happé par la beauté de ce qu’il voit, lorsque le regard creuse, creuse, lit et relit, contemple. Qui est à la source de ce prodigieux foisonnement ? Un Dieu, des forces magnétiques, les mouvements même de la nature et des hommes ? L’enfant n’a pas la réponse et l’adulte ne la trouvera jamais, sans cesse la recherchant derrière le visage des couleurs.
L’avenue est douce, qui passe sur le seuil, longée de platanes centenaires dont l’ombre est si bienfaitrice par un soleil torride, quand les raisins mûrissent dans les vignes assoiffées. C’est un pays pour la peinture d’extérieur, celle qui prend à bras le corps tout ce qu’elle approche : collines, crêtes, étroites vallées, ruisseaux, bergeries anciennes, murets, fontaines, landes, horizons, prières, silence. On va, le soir, sous la fraîcheur des feuillages à travers des ruelles désertes, jusqu’à cette forme d’avenue qui mène à la maison où sont recluses les couleurs comme des nonnes bavardes au travail sur l’établi ou de vieilles machines, car la plus haute solitude ne sait plus briser les « âmes » qui cherchent, qui cherchent sans appui sinon celui de la lumière.
Une solitude qui peut aussi détruire, grignoter, dévorer le désir, l’élan. La résignation tapisse parfois les murs, obstrue les fenêtres, anéantit l’aventure des couleurs. Alors le peintre s’en va… marcher, arpenter, cueillir, recueillir. De toutes les collines de ce paysage, on aperçoit le bout du monde. Pourquoi partir au loin, déambuler dans l’ailleurs où sont d’identiques travers ? La vie n’a pas d’issue, comme le très mauvais vin tiré au tonneau. L’on fait avec, et l’on apprend à se contenter du Peu jusqu’au jour où tout éclate, explose. Mais l’insatiable faim demeure, rien ne peut nous terrasser. Les couleurs à nouveau s’enflamment, une silhouette inattendue apparaît. Des fenêtres s’ouvrent, les couleurs refleurissent dans l’atelier. L’œil traverse des champs de lavande, des nouvelles sources.
La peinture est une danse sans cesse recommencée, avec ses saltimbanques et ses féroces mirages.
Joêl Vernet 2026
